USA : Pap Ndiaye « La victoire du populisme réactionnaire»

USA : Pap Ndiaye « La victoire du populisme réactionnaire»

2012_10_01-lancement-de-oser-paris-031Auteur de « La condition noire, essai sur une minorité française » et historien français spécialiste de l’Amérique du Nord, Pap Ndiaye analyse la victoire de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis.

La victoire de Donald Trump, 86 ans jour pour jour après celle de Franklin D. Roosevelt, semble représenter un choc pour tout le monde. Est-ce la victoire d’un néo-populisme comme on l’a souvent dit ou Trump retombera-t-il dans les classiques d’un conservatisme éclairé ?

La victoire de Trump est la victoire du populisme réactionnaire. La réaction politique est portée par une partie importante — mais non majoritaire —  de la population américaine, que j’appelle l’ « Amérique continentale », qui n’a jamais accepté la perte d’une partie des leviers de commande par les hommes blancs. L’élection d’Obama a confirmé de manière éclatante leur diagnostic : les « autres » sont passés devant nous, ils bénéficient du système et nous donnent des leçons. Dans un Etat comme l’Indiana, celui du futur vice-président, les églises pour les vieux et les drogues de synthèse pour les jeunes ont fait des ravages. A cela se sont ajoutées les difficultés économiques, qui ont aiguisé le sentiment de déclassement de la classe ouvrière américaine. Ces électeurs ont voté en masse pour Trump. Ils ne sont pas conservateurs, mais réactionnaires.


« L’EXPRESSION DU SENTIMENT DE DÉCLASSEMENT DE LA CLASSE OUVRIERE AMÉRICAINE »


Trump passe pour une version américaine de l’oligarque et il était soutenu par Poutine. Est-ce une posture provocatrice ou une nouvelle donné géopolitique ?

Trump est applaudi par les dictateurs du monde entier. Poutine, en particulier, le soutient, car la vision du futur président américain, celle d’une Amérique isolationniste, repliée sur elle-même, lui convient parfaitement, puisque le dirigeant russe a des visées expansionnistes. Du côté des partis d’extrême-droite européens, la victoire de Trump est analysée comme un signal annonciateur des victoires à venir, après le « Brexit ».

Quelle est celle Amérique qui a voté Clinton et Trump ?

L’Amérique des jeunes, des femmes (pas autant que prévu) et des minorités a voté Clinton. Cette Amérique océanique contraste avec l’Amérique continentale des hommes blancs du monde populaire. La coalition qui avait porté Obama au pouvoir n’était pas suffisamment solide cette fois-ci (la participation électorale des Noirs n’a pas été suffisante, et les femmes n’ont pas été découragées de voter républicain), tandis que, côté Trump, les hommes blancs et les femmes blanches ont voté pour un candidat sans passif, qui leur a promis de tout changer.


« LES RÉPUBLICAINS SONT DIVISÉS SUR LA STRATÉGIE ET SUR LE FOND »


donald_trump_supporter_27761513565Comme expliquer que le GOP (parti républicain) n’ai pas réussi depuis 2008 à s’imposer en digérant le Tea Party ou ce que pouvait représenter Trump ?

Les Républicains sont divisés sur la stratégie et sur le fond : le programme économique nationaliste de Trump ne plaît pas aux élites républicaines partisanes des marchés ouverts. La victoire inespérée de Trump donne de l’air aux Républicains, qui n’envisageaient pas le retour au pouvoir avant 2020. Divine surprise, les voilà de nouveau aux commandes. Reste à savoir comment les Républicains du Congrès vont accommoder leur programme avec celui de Trump.


« À LA MAISON BLANCHE, IL Y A MAINTENANT UN ENNEMI DÉCLARÉ DES NOIRS AMÉRICAINS »


Alors que les tensions raciales semblaient connaître un regain avec les violences policières, que craindre d’une majorité conservatrice ?

Trump est ouvertement raciste, et il a dénoncé à plusieurs reprises le mouvement Black Lives Matter. A la Maison Blanche, il y a maintenant un ennemi déclaré des Noirs américains. Deux choses l’une : soit cela décourage le mouvement, qui devra subir les assauts d’une police revigorée ; soit des formes efficaces de protestation seront trouvées, qui permettront au mouvement de perdurer.

Photo : Mathieu Delmestre

FA_la_condition_noire.inddLa Condition noire, essai sur une minorité française,

Folio Actuel (n°140), Gallimard

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